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Olivia Meillassoux, 3 ans de vie en Inde

Olivia Meillassoux, 3 ans de vie en Inde

Un cycle master en Inde, une première expérience professionnelle chez Decathlon Inde.
Aujourd’hui, Olivia est designer pour l’innovation chez Tribord à Hendaye !

Olivia Meillassoux

Quel est votre parcours de formation ?

Je suis issue d’un bac S avec option Sciences de l’Ingénieur. J’ai toujours été attirée par le côté mécanique et technique des produits, je voulais savoir comment fonctionnaient les choses. Au départ, il semblait logique pour moi de me tourner vers le métier d’ingénieur. Puis, j’ai découvert ce qu’était le design. J’y ai trouvé un bon compromis entre l’ergonomie et la technique, l’esthétique et l’utile.

Pourquoi avoir choisi L’École de design Nantes Atlantique ?

L’École de design m’a attirée justement par son côté industriel et proche des problématiques réelles de conception produit. On n’y fait pas de l’art mais bien des produits destinés à une fabrication massive. Les programmes à l’étranger, la proximité des concepts avec l’utilisateur sont aussi des gros atouts qui m’ont dirigée vers cette école.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de suivre le programme de cycle master Design & interculturalité Inde ?

Tout d’abord, l’Inde a toujours été un pays qui m’a fascinée, mais que je n’avais jamais visité. Je rêvais des palais de Maharajas, des tenues colorées, des odeurs d’épices et de chaleur ! En plus de ça, nous étions les pionniers en Inde, et c’est une aventure qui ne se propose pas plusieurs fois dans une vie, alors je n’ai pas hésité une seconde ! Aller découvrir cette culture si différente de la nôtre, être immergée dans un univers qui n’est pas le sien, parler une langue différente, rencontrer des gens incroyables, c’est aussi ça qui m’a fait partir en Inde.

Est-ce que le programme vous a permis de mieux appréhender le design à l’international ? Est-ce qu’il a changé des a priori ?

Ce programme m’a permis d’appréhender le design différemment. A Srishti, on appliquait des méthodes beaucoup plus artisanales qu’à l’école en France. Aussi, ce qui était artisanal chez nous, pouvait être industriel chez eux, et vice-versa. Certains projets pouvaient donc être parfaitement réalisés en Inde, alors qu’en France cela n’aurait pas été faisable, faute de moyens, ou de temps. Cela a ouvert pas mal de champs des possibles et a changé ma façon de voir un produit.

Autrement le design en Inde, ce n’est pas que ce que l’on apprend à l’école, et c’est très riche en innovation. En Inde, il y a un mot pour l’innovation, c’est “Jugaad”. Les indiens qui n’ont pas les moyens d’acheter les dernières technologies, ou même de simples objets de la vie quotidienne, vont fabriquer eux-mêmes, avec les moyens du bord, la solution parfaite à leurs problèmes. Transformer un 2 roues, en 3 roues pour les handicapés, fabriquer des chaussures avec des bouteilles en plastique etc... C’est une super manière d’aborder la créativité, et de penser différemment un problème. Cela montre qu’il y a toujours plusieurs solutions à un problème, et que les meilleures ne sont pas toujours les plus chères !

Maquette du nouveau campus de Decathlon

Depuis que vous êtes diplômée, que faites-vous ?

Depuis que je suis diplômée, j’ai participé au 4L Trophy, cela m’a permis de relever un bon challenge, et de continuer de découvrir le monde. Ensuite je suis retournée travailler chez Decathlon en Inde, pour être responsable de communication du pays. J’ai fait aussi pas mal d’autre missions plus rattachées au design produit et d’espace.

Je ne suis plus en Inde depuis le mois de mai 2014. Mais si j’ai pu travailler chez Decathlon en Inde, c’est d’abord grâce à mon stage de fin d’études que j’ai fait là-bas. A l’époque, j’y étais allée au culot, et cela avait fonctionné ! Je me suis vite rendue indispensable avec mon côté touche-à-tout, et c’est pour cela qu’ils m’ont recontactée pour que je revienne en Inde après avoir passé mon diplôme.

Y a t’il une façon particulière de travailler en Inde par rapport à la France / Europe ?

En Inde, en tout cas chez Decathlon, il faut être multitâches. En fait, Decathlon c’est un peu comme une startup là-bas, et toute compétence est la bienvenue. Il faut que ça aille très vite, donc on a pas forcément le temps de recruter autant de personnes que de compétences cherchées. Du coup, si une personne sait faire plusieurs choses, elle va se retrouver sous une montagne de petits projets !

Comment est constituée l’équipe dans laquelle vous travaillez ?

Nous étions dans un grand open space avec une centaine de personnes, majoritairement des indiens (venus de partout en Inde), il y avait aussi quelques expatriés français et espagnols. Nous parlions anglais, et un peu hindi (mais très peu). Il y avait autant d’hommes que de femmes finalement. Les équipes sont plutôt jeunes, pas mal de premiers emplois, de jeunes parents et une minorité d’anciens, principalement constitués de français d’ailleurs, les expatriés managers d’équipe, là pour former les troupes qui sont vouées à être totalement indiennes à long terme.

Pyramides de pigments de couleurs au marché couvert de Mysore près de Bangalore

Les points positifs en Inde : professionnel, vie sociale ?

Pour moi l’Inde n’a eu que des points positifs, professionnellement ou socialement. J’ai vécu 3 années extraordinaires là bas. J’ai rencontré un tas de gens, que ce soit des vendeurs de chai, des responsables d’usines, des chefs de projets, des profs de natation et j’en passe. J’ai appris à manger épicé, à regarder la vie en couleur, à être patiente (il en faut dans un pays où le retard est permanent), à dodeliner de la tête pour dire oui ou peut-être, à freiner devant les vaches qui traversent les routes, à aimer le bruit des klaxons, les noms de pas mal de dieux indiens, bref j’ai été curieuse !

En Inde, il faut savoir se transformer en couteau suisse, chaque ressource est utilisée jusqu’à épuisement. Il faut avoir un côté touche à tout et c’est génial de se rendre compte que lorsque l’on est designer, on sait faire un tas de choses utiles ! Je suis passée de la communication au graphisme, du design produit au design textile, de l’architecte au maquettiste et du coup j’ai appris un tas de chose! Il faut aussi être le roi de la débrouille, et pour ça les indiens sont les champions! Je vous invite à chercher le mot "Jugaad" (mentionné plus tôt) sur Google et vous comprendrez vite de quoi je parle. Je pourrais parler de l’Inde pendant des heures alors je vais m’arrêter là !

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller voir mes blogs, où j’ai écrit toutes les semaines pendant 3 ans sur ce qu’il se passait dans ma vie là bas. oliviainindia.over-blog.com

Que faites-vous aujourd’hui en France ?

Je suis rentrée d’Inde car j’avais besoin de me concentrer sur le métier de designer produit. Etant junior, je voulais être sûre d’avoir des bases solides avant de repartir vers de nouvelles aventures ! Mon expérience indienne chez Decathlon m’a permis ensuite de venir travailler chez Tribord à Hendaye, la marque de sport d’eau de chez Decathlon, en tant que designer pour l’innovation.

J’ai trouvé au sein de Tribord l’opportunité et l’innovation, ce qui me permet d’allier l’esprit pionnier et "jugaad" qu’il y avait en Inde, avec la formation solide que j’ai suivie à L’École de design Nantes Atlantique. Je développe des produits nouveaux grâce à des processus de création divers : workshops, maquettes, observation utilisateur, questionnaires...

Qu’est-ce que vous vous imaginez faire professionnellement dans 5 ans ? dans 10 ans ?

Dans 5 ans, je souhaite avoir acquis suffisamment d’expérience pour pouvoir gérer une petite équipe de designers, ou au moins être chef de projet. Dans 10 ans, je serais probablement retournée en Inde, ou dans un autre pays. Peut-être que j’aurais changé de métier. Chez Decathlon, les opportunités sont grandes et riches, donc difficile de savoir ce que je ferai. Ce qui est sûr, c’est que j’essaierai d’être toujours plus proche de l’utilisateur et de ses besoins, dans le milieu sportif et de garantir l’accès au sport au plus grand nombre.