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Comment nos alumni vivent-ils la crise sanitaire depuis l’international ? Témoignage #1

Comment nos alumni vivent-ils la crise sanitaire depuis l’international ? Témoignage #1

Témoignage de Christophe Gouache, promo 2012 et Senior Design Consultant à Bruxelles.

Comment vit-on la crise sanitaire à Bruxelles ?

Comme tous les pays du monde, la Belgique est elle aussi touchée par cette situation historique, celle de la pandémie du Covid-19. Comme de nombreux pays, la Belgique est en confinement. Et comme partout, cela invite à la réflexion.

En Belgique, des mesures fédérales fortes ont été prises très tôt. Dès le vendredi 13 mars 2020 à minuit, les cafés et restaurants ont dû fermer leurs portes. Inévitablement, quelques fêtes de « lockdown » ont été organisées par quelques-uns ici et là jusque minuit pour « finir les fûts de bières » – nous sommes en Belgique –. Dès le 18 mars, ce sont tous les commerces qui ont dû fermer, à l’exception des magasins d’alimentation, des librairies – certainement pour faire le plein de livres en vue du confinement –, des banques, de la poste, des stations-service et bien entendu des pharmacies. Les snacks et fritkots (belgicisme pour friteries) peuvent rester ouverts pour de la vente à emporter.

À l’annonce du confinement, les belges ont, comme beaucoup ailleurs, couru au supermarché pour faire le plein de papier toilette, de pâtes, farine, œufs, sardines et conserves, etc. Bref, de quoi tenir un siège pendant quelques temps. Au fil des jours, les habitants se sont rendus compte que la grande majorité des produits étaient réapprovisionnés en permanence et ont ainsi repris une consommation plus « normale ».

Quelle comparaison entre la situation à Bruxelles et la situation en France ?

La Belgique, contrairement à la France, a invité les habitants à rester chez eux mais n’a pas eu besoin de brandir le bâton (Vedung, 1998). Autrement dit, pas d’attestation ni course poursuite après les habitants qui mettent le nez dehors. En effet, les citoyens belges peuvent sortir librement sans avoir à justifier de leur déplacement. Un petit rappel du principe a tout de même dû avoir lieu car certains habitants ont profité de cette « invitation » pour s’installer dans les parcs, profiter du beau soleil et y passer la journée… Des affiches et barrières ont donc été installées pour rappeler les règles et les habitants « grondés » par la première ministre, Sophie Wilmès. À noter d’ailleurs, que la Belgique a désormais un gouvernement ! Et oui, cela faisait plus de 400 jours que nous étions sans gouvernement. Le coronavirus a accéléré le processus de formation d’un gouvernement. Dans l’ensemble, les citoyens belges respectent plutôt bien les règles imposées par le gouvernement et il s’agit là aussi peut-être d’une différence culturelle entre la France et la Belgique (et plus largement les pays plus au nord de l’Europe).

On observe également de nouvelles formes de solidarités et de liens sociaux. Aller faire les courses pour sa vieille voisine – Rachel, j’ai bien acheté les croquettes pour le chat de l’église –, applaudissements et musique au balcon à 20h où des voisins se disent bonjour pour la toute première fois après des années de co-voisinage, etc. Les acteurs privés jouent le jeu de la solidarité aussi : Villo (équivalent du vélib) a offert un abonnement d’un an gratuit au personnel soignant et travaillant au service des citoyens, Billy et Poppy (vélos, voitures et scooters électriques) offrent également 100% des trajets au personnel médical. Les applications de relations entre voisins ont également connu un nouveau boom d’utilisation (Hoplr, Peerby, etc.).

Le fait que le confinement soit demandé et non imposé avec autorité comme en France témoigne, selon moi, d’une profonde différence de « traitement des citoyens ». En effet, le gouvernement français a, par défaut, fait le choix de la non-confiance envers les citoyens (considérant qu’avec le citoyen français il n’y a que la menace « qui marche », ce qui inévitablement ne laisse aucune chance à d’autres façons de faire). En Belgique, le gouvernement mise, quant à lui, sur la confiance des citoyens et le fait qu’ils respectent plutôt bien – dans l’ensemble – les règles. Et les quelques réprimandes faites ici ou là n’enclenchent pas de durcissement généralisé des règles !

Côté santé, il est à noter que la crise est plutôt sous contrôle (malgré le manque de masques et respirateurs, comme ailleurs) mais cela s’explique peut-être aussi par le fait que la Belgique a l’un des meilleurs systèmes de santé d’Europe (top 5 en Europe, top 10 dans le monde).

Quel après pandémie ?

Bien entendu, cette crise va assez profondément impacter la manière dont on travaille (des milliers de travailleurs font l’expérience du télétravail), la manière dont on protège les travailleurs (des milliers de travailleurs se retrouvent au chômage technique avec des pertes de salaires importantes, 70% du salaire en Belgique), la manière dont on fait l’arbitrage des priorités budgétaires publiques (réinvestissement dans la santé ?) mais aussi l’interdépendance des nations au commerce international (pénurie en cas de crise), ainsi que les champs de l’éducation (et le trop faible usage des technologies de communication dans l’enseignement), ou encore le champ de la production alimentaire et industrielle (réindustrialisation locale dans certains secteurs ?). Les leçons à tirer mais aussi les transformations seront certainement nombreuses. Par ailleurs, le récent regain des citoyens pour les enjeux environnementaux va dans la même direction que les enseignements qu’on peut tirer de cette pandémie (modération de la consommation, limitation de l’hyper-mobilité, consommation plus locale, production plus locale, etc.). Enfin, d’un point de vue social, cette crise a ré-intensifié les liens sociaux voire généré de nouveaux liens, qui pour partie, sont susceptibles de survivre au-delà de cette pandémie (liens familiaux, liens amicaux, liens communautaires, etc.).

Quelle place pour le design dans l’ère post Covid-19 ?

Le design, et en particulier le design des politiques publiques ainsi que le design de services, aura sans aucun doute un rôle à jouer dans l’après covid19. D’ailleurs, les innovations se multiplient en ce moment même, qu’il s’agisse d’innovations sociales, d’innovations de services ou mêmes d’innovations produits. Par ailleurs, l’agilité et les logiques d’expérimentation, la culture de la co-création avec les usagers – qui sont au cœur des approches design – sont notamment ce que nous œuvrons à intégrer dans la fabrique des politiques publiques. Amener cette culture du design (et cette capacité d’improvisation créative et pragmatique) dans les administrations publiques semble plus nécessaire que jamais. Enfin, travailler en immersion, au contact du réel, avec les usagers, pour comprendre les réalités les contraintes des uns et des autres accroît non seulement la connaissance terrain mais développe également l’empathie… ce dont nos acteurs publics ont grandement besoin.

Une conclusion ?

Cette crise sanitaire historique bouleverse le monde entier et marquera de manière indélébile notre génération. Mais nous savons aussi que malheureusement c’est quand l’homme doit faire face à des crises qu’il se met à se questionner, réfléchir et innover. Espérons donc que cette terrible crise réveille les consciences sur le mode de développement insoutenable dans lequel nous nous sommes engouffrés et permette d’aller vers plus de durabilité, plus de démocratie, plus d’égalité et plus de solidarité.