Français
Imprimer
Partager
Retourner à la recherche

Success story #2 : LIPPI - l’intégration du design dans l’entreprise

Success story #2 : LIPPI - l’intégration du design dans l’entreprise

Interview croisée entre le directeur général de LIPPI et sa designer

Créée il y a 50 ans par Albert Lippi, la marque de clôtures, grillages et portails qui emploie aujourd’hui 200 salariés près d’Angoulême, a été reprise en 2008 par ses petits-fils : Frédéric Lippi, nommé Président et son frère Julien Lippi, Directeur général. L’entreprise a traversé les temps et a toujours su rebondir. Julien Lippi a une démarche stratégique singulière qui fait du monde des « lippiens » une entreprise à part entière partageant des idées avant-gardistes et innovantes, en plaçant l’humain au cœur du système. Tous les collaborateurs sont impliqués dans les orientations stratégiques de la structure. Retour sur une intégration du design efficace avec les points de vue de Julien Lippi et de sa designer intégrée, Julie Cordier.

 

Comment s’est faite l’intégration du design chez LIPPI ?

Julien Lippi : En 2008, Amont, société de conseil en stratégie web et aide au changement, nous accompagne dans la transformation numérique de l’entreprise. Fort de ce départ, l’histoire se poursuit avec le design.
En 2011, je contacte L’École de design Nantes Atlantique car je souhaite inscrire le design dans la stratégie de l’entreprise, ouvrir la pensée design au-delà du style et de l’ergonomie. Le but est bien de changer de culture d’entreprise, ne plus faire de la clôture mais de réinventer des espaces de libertés, d’enrichir l’univers du portail, d’aller vers l’aménagement d’espaces extérieurs, de remettre l’utilisateur au centre des préoccupations de l’entreprise. Nous commençons alors, via la formation continue, une initiation au design pour l’ensemble de l’équipe. Suivra une formation à la gestion de projet design pour l’équipe marketing et le bureau d’études, un séminaire de deux jours sur le design stratégique et la marque, puis des formations sur la qualité perçue et le coût généralisé.
Fin 2012, LIPPI travaille sur son identité avec Graphic Identité, une agence nantaise de design packaging et design industriel, de conseil en innovation, de branding et d’études. La structure entreprend un travail en profondeur avec les collaborateurs, pour redéfinir les valeurs et la stratégie de l’entreprise. « LIPPI, la clôture » devient « LIPPI, l’esprit libre ». En 2013, nous entreprenons un projet prospectif avec les étudiants de la classe internationale de L’École de design qui porte sur l’étendoir à linge. Ce projet sera suivi d’une étude avec les étudiants de 3ème année sur les produits d’aménagement dans les espaces clos.
En 2014, commence l’intégration des designers. Tout d’abord par le biais d’une apprentie (Marine Deplat en licence professionnelle Design, matériaux et modélisation) puis d’une stagiaire de 5ème année en 2014, Julie Cordier. Ce stage de 6 mois donnera par la suite lieu à un contrat en CDI en février 2015.
En juin 2014, une nouvelle aventure commence avec la création de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI, qui se donne pour ambition de mettre le design au cœur des nouveaux services à mettre en œuvre dans le contexte des mutations sociétales et technologiques de la ville. LIPPI devient ainsi un partenaire privilégié de L’École de design et marque son attachement au design.


Julie Cordier : J’ai commencé l’aventure « Lippienne » par un stage de fin d’études durant ma cinquième année. Puis j’ai été rappelé 5 mois après l’obtention de mon diplôme pour un poste de designer intégré. Ce poste n’existait pas alors dans l’entreprise, ce qui était pour moi au départ source de doutes et d’incertitudes quant aux responsabilités et aux attentes de LIPPI vis-à-vis du design. Mais j’ai accepté et aujourd’hui, je ne regrette aucunement mon choix. C’est un challenge quotidien mais tellement enrichissant. Je ne pense pas que dans une autre entreprise j’aurais pu avoir autant des responsabilités si vite et des missions si diversifiées. Je me sens complètement intégrée, écoutée et comprise.

Quelle vision avez-vous du design ? Comment est-il perçu et appliqué dans l’entreprise ?

Julien Lippi : À l’avenir une entreprise doit penser design ou bien elle n’existera plus… Demain, un produit ou service devra être pensé pour l’utilisateur alors qu’aujourd’hui il correspond en premier lieu à des process et des organisations. L’intégration du design est donc déterminante dans notre évolution.

Julie Cordier : Les missions du designer intégré sont multiples : participation à la vision et à la stratégie de l’entreprise, à la visibilité de la marque (salons, images produits...), à la création de nouveaux produits en suivant une stratégie que l’on définit au préalable. Le design est central, il fait partie du pôle Marque qui comprend également le marketing, la communication, le service clients et l’étude avant-projet. J’interagis avec tous ces services mais également avec le bureau d’étude, l’industrie et le commerce.

De nombreux collaborateurs ont été formés au design chez LIPPI. Comment cela s’est-il passé ? Cela change-t-il votre façon de travailler, de mener les projets ?

Julien Lippi : En 2008, Francis Senceber, co-fondateur d’Amont, met en place une web school pour LIPPI : l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise sont formés pour utiliser un navigateur, vendre, acheter, faire du marketing… L’idée innovante étonne les observateurs mais les résultats sont positifs. L’histoire se poursuit alors avec le design. En 2011, toutes les équipes de LIPPI sont formées au design par l’école : les opérateurs, le bureau d’études, les commerciaux… Chacun aura aussi la possibilité de suivre des modules complémentaires (qualité perçue, rough …). Tous les collaborateurs parlent donc le même langage et sont dès lors impliqués dans les orientations stratégiques de la structure.

Julie Cordier : Les formations et informations sur le design ont permis de sensibiliser et de faire respecter la parole du design dans une entreprise qui jusque-là avait un autre mode de fonctionnement. LIPPI a misé sur le design pour son changement de stratégie et la plupart des métiers l’ont accepté et compris, même s’il faut encore parfois ré-expliquer le rôle du design et continuer à sensibiliser jusque dans les usines. En effet, ce sont les premiers acteurs dans la fabrication de produits et notamment des nouveaux produits, il est donc important qu’il y ait des échanges entre le designer et les personnes de la production afin que tous comprennent dans quel but ils doivent être créés. Cela permet également de prendre en compte leurs retours sur la fabrication qui peuvent amener à des améliorations en révisant la conception avec la collaboration du bureau d’études. Les retours clients nous parviennent via le commerce et le service clients. Je présente le produit et son histoire en cohérence avec l’évolution de la stratégie de l’entreprise et montre en quoi ce produit va rendre visible notre cheminement auprès de nos clients. Tout cela se fait en partenariat avec le marketing et la communication.

Qui fait le lien entre le design interne et externe ? Qui pilote les actions design avec les agences ?

Julie Cordier : Le responsable Marque fait le lien entre les agences (notamment l’agence Graphic Identité) et l’équipe Marque en général. Le travail se fait ensuite en workshop d’une ou deux journées avec des personnes de la direction, du design, de la communication, du marketing, du commerce et de l’industrie.


LIPPI : entreprise libérée ?

Julie Cordier : L’entreprise libérée nous permet de nous sentir entrepreneur de notre métier, on s’investit et on s’implique beaucoup dans nos missions. De plus, l’interaction entre les uns et les autres est facilitée, on se sent tout simplement libre dans notre travail.

Julien Lippi : Les « lippiens » partagent l’envie d’être heureux ensemble. Organisés en petites équipes, ils suivent tous les mêmes formations (santé, bien-être,…) et ont accès à l’information de la même façon. De cette histoire co-construite, ressort un engagement très fort des personnes. Elles vont vraiment au bout des choses et au final progressent de façon spectaculaire.

Interview et rédaction : Marie Berg