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Un semestre au Canada

Un semestre au Canada

Alizée Parry, étudiante en première année de MDes Brand Design & Food vient de passer un semestre en échange à l’OCAD (Ontario College of Art & Design) à Toronto. Elle nous livre ses retours sur cette expérience à l’international.

 

Peux-tu expliquer brièvement ton parcours depuis le lycée ?

J’ai fait toute ma scolarité post-bac à L’École de design. Au départ, je suis venue parce que j’avais vraiment eu un coup de cœur pour l’école. Je suis arrivée dans l’optique de faire de l’espace ou du produit mais à la fin de ma première année j’ai décidé de partir en design graphique. À la fin de mon cycle bachelor, j’ai participé aux réunions d’informations et j’ai décidé de me tourner vers le programme MDes Brand Design & Food.

 

OCAD (Ontario College of Art & Design)

Pourquoi as-tu choisi cette destination pour ton semestre en échange et cet établissement particulièrement ?

J’ai vécu pendant 3 mois au Canada lorsque j’avais 15 ans et je voulais vraiment y retourner. Je suis partie à Berlin pour mon stage de 2ème année et je voulais partir en dehors de l’Europe cette fois-ci. Je voulais absolument aller dans une école et non en stage. Je me suis dit que c’était l’occasion de pouvoir aller dans des établissements qui ne seraient peut être pas accessibles hors échange et surtout je voulais aller voir comment ça se passait ailleurs !

La chance a fait que l’école, l’OCAD, qui me plaisait le plus était au Canada ! Ce que je recherchais dans cette expérience c’était la nouveauté, prendre cette opportunité pour apprendre de nouvelles techniques, quelque chose que je ne faisais pas à l’école, ou peu, comme 6 mois de découverte au milieu de mon cursus. Et ce que je voulais faire surtout c’était du print, je voulais faire des cours plus techniques, travailler dans des ateliers etc. L’OCAD (Ontario College of Art & Design) proposait un cursus en techniques d’impression qui répondait à mes attentes.

Quels types de cours as-tu suivis ?

J’étais donc dans le cursus techniques d’impression ou « printmaking » et je suivais 5 cours. Je n’ai pas eu de cours imposés, j’ai donc pu prendre principalement des cours en atelier. J’avais un cours de sérigraphie, un cours de lithographie, un cours de gravure, comprenant gravure sur bois et linogravure, un cours d’impression typographique et enfin mon seul cours non manuel qui était un cours de design graphique. Dans chacun de ces cours nous avons eu environ 4 ou 5 projets dans le semestre, qui était des exercices pour nous apprendre les techniques (pour les cours en atelier). Par exemple, nous commencions par une édition avec une seule couleur, ensuite 2 couleurs etc. Après les exercices, nous avions un gros projet à la fin du semestre.

Projet "Broadside"

Décris-nous un projet important que tu as réalisé pendant le semestre.

Le projet qui m’a le plus marqué est un projet réalisé dans le cadre du cours d’impression typographique. Le sujet était de créer une affiche typographique, un « broadside ». Historiquement, le « broadside » c’est une affiche généralement imprimée d’un seul côté, utilisée pour annoncer des événements, des proclamations, des lois, des publicités … C’est une affiche placardée sur les murs des villes vouée à être rapidement changée, arrachée … Le but de ce projet était de créer une composition typographique, avec des caractères en bois et en plomb. Le but étant de faire une édition de 15 prints, la plus homogène possible.

Pour ce projet, j’ai décidé de travailler sur les lois un peu absurdes qui existent en France, comme par exemple que les Ovnis sont interdits à Châteauneuf-du-Pape. La loi que j’ai choisie pour mon projet est une loi qui dit qu’il est interdit d’appeler son cochon Napoléon. La loi a été voté en 1807 sous le Premier Empire et existe encore aujourd’hui. Nous avons eu environ un mois et demi pour réaliser ce projet. Le plus gros travail a été de faire la composition en étant limité en caractères, puisque nous n’avions pas tous les caractères possibles et imaginables. Il fallait ensuite les positionner sur la presse, les aligner, et arriver à faire en sorte qu’ils ne bougent pas entre chaque print. J’ai voulu jouer avec la transparence entre le rose et le jaune et mon encre rose n’était pas adaptée à la presse, j’ai donc du imprimer cette couleur à la main. À la main, on contrôle beaucoup moins la quantité d’encre qu’on met sur les caractères et c’est plus difficile de faire quelque chose de régulier.

Quelles sont les similarités entre l’OCAD et L’École de design ?

Je trouve que les similarités sont surtout sur le fonctionnement de l’école. Malgré le fait que certains professeurs soient plus laxistes sur les absences, celles-ci sont tolérées jusqu’à un certain nombre. Après, ils enlèvent des points sur la moyenne comme à L’École de design. Pour ce qui est des projets c’est plutôt similaire. Déjà il y a plusieurs projets en même temps, ce qui n’est pas le cas partout, certaines écoles font travailler leurs élèves sur un seul projet en 2 semaines. À l’OCAD, j’avais 5 cours par semaine et donc 5 projets en même temps. Pour la plupart des cours, nous avions des retours à l’oral à la fin des projets, après avoir punaisé les travaux au mur et présenté rapidement ce qui a été réalisé.

Des différences entre l’OCAD et L’École de design ?

Il y en a vraiment beaucoup, déjà l’OCAD c’est environ 6 fois plus d’étudiants qu’à L’École de design donc tout le fonctionnement administratif est différent. Nous, tout nous tombe un peu tout fait dans les mains, là bas il faut tout faire tout seul. Il faut choisir ses cours tout seul, il faut aller chercher sa carte d’étudiant et faire la queue pendant 30 minutes, il faut aller payer les frais de cours dans un bâtiment à 2 blocs etc.  Le « campus » s’étend sur un quartier de Toronto, mais le bâtiment principal regroupe à peu près tous les cursus. C’est vraiment un bâtiment incroyable où l’on croise de tout et tout le monde. Comme l’école rassemble des cursus différents on trouve des ateliers de bois / métal / céramique, un lab d’impression au laser et 3D avec au moins 5 ou 6 imprimantes différentes, des ateliers de sérigraphie avec des presses vielles d’un siècle, des ateliers de peinture, de sculpture, de dessin…

La grosse différence avec l’école c’est qu’à l’OCAD, en plus des frais de scolarité, tout est payant. On doit payer des frais pour les équipements, pour les casiers et même pour la carte d’étudiant. Pour ce qui est du fonctionnement des cours, ce ne sont pas des classes mais des cours. Chaque élève choisi ses cours en fonction de ses crédits, de son cursus mais aussi de ses envies car les élèves ont possibilité, chaque semestre, de choisir un cours en dehors de leur cursus, pour découvrir. Les élèves sont vraiment en autonomie. Ils peuvent se servir des ateliers de toute l’école quand ils le souhaitent, tant que cela ne gêne pas un cours. Il y a des techniciens qui sont dans les couloirs et disponibles en cas de besoin. Ils font vraiment confiance aux élèves. Le rythme est également différent. Pour nous qui sommes habitués a beaucoup travailler en 3ème année, le rythme est vraiment agréable car il n’y a que 5 cours par semaine. Cela laisse le temps de travailler tranquillement le reste du temps. Je pense que le ressenti pour les élèves de l’OCAD est différent car la plupart travaillent en dehors pour payer leurs études.

Que t’a apporté ce semestre à l’OCAD ?

Ce semestre m’a apporté pleins de nouvelles choses. De nouvelles techniques qui pourront soit me servir dans des projets personnels ou des projets de l’école. Le semestre m’a permis d’apprendre des techniques que je n’aurai peut être jamais eu l’occasion d’apprendre, comme la lithographie. D’apprendre à me servir de machines et de presses que je n’aurai peut être jamais touché. J’ai pu faire ce dont j’avais envie avec beaucoup de liberté. En effet, le cursus que je suivais était vraiment tourné vers la technique plus que sur le fond. On regardait la propreté du print et l’homogénéité de l’édition plus que ce que voulait dire le visuel. J’ai eu des professeurs hyper intéressants, qui parlaient de presses ou d’encres avec tellement de passion que j’ai vraiment appris pleins de choses, pleins d’anecdotes et de vocabulaire.

Qu’est ce que le Canada t’a apporté ?

L’expérience m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes venant de partout dans le monde. Nous étions une trentaine d’étudiants étrangers à l’école alors c’est plus facile de s’entendre lorsqu’on est tous dans le cadre de l’échange. Sinon, le semestre m’a évidemment aidé à améliorer mon anglais et à parler à l’oral en anglais essentiellement. Lorsque l’on n’a pas le choix et qu’il faut se faire comprendre, c’est là qu’on apprend le mieux. Et surtout, quand il faut présenter son projet à la classe ou au professeur il faut faire un effort de vocabulaire et ça aide beaucoup. Finalement, je me suis rendu compte que malgré le fait d’aimer beaucoup le Canada, je n’ai pas spécialement envie de vivre dans une ville nord américaine. Je me sens vraiment plus proche de la culture européenne.

Quel programme de cycle master as-tu intégré et pour quelles raisons ?

J’ai intégré le Design Lab Nouvelles pratiques alimentaires et plus précisément le programme MDes enseigné en anglais Brand Design & Food. C’est un cursus qui me permet de compléter ma compétence métier de designer graphique en travaillant sur des projets en volumes, comme du pack ou du produit. Et au delà de ça, c’est un programme de cycle master qui nous permet de nous poser de vraies questions sur le futur de notre alimentation. Je voulais vraiment prendre l’opportunité de faire un master en anglais pour ne pas perdre les acquis du semestre à l’étranger.

Comment imagines-tu ton futur une fois diplômée de L’École de design ?

Pour l‘instant je pense qu’en sortant de l’école je resterais dans le domaine de l’alimentaire. J’ai envie de voir où ce programme de cycle master peut me mener et surtout cela me passionne ! J’aimerais bien travailler directement avec des chefs ou bien dans un studio qui fait du packaging.