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Maxence Boisseau, designer industriel libre et enseignant engagé

Maxence Boisseau, designer industriel libre et enseignant engagé

Ce qui m’anime : gagner en expérience sans jamais m’enfermer dans une seule expertise.

Un design généreux, onirique et élégant qui se nourrit de la diversité : voici ce qui définit le superbe travail du designer produit Maxence Boisseau. À travers la multiplicité des savoir-faire, des matériaux ou des rencontres, il compose sa marque de fabrique, aussi rigoureuse que libre. Machinerie agricole, dinosaure espiègle, sublime guéridon végétal ou passion de l’enseignement : ce créatif repousse les frontières du design industriel avec succès. Il privilégie l’humain, l’observation et l’exploration, en toute humilité. Échanges avec un designer en mouvement et un pédagogue éclairé.

Passer des bancs de l’école à l’univers industriel

Autant qu’il s’en souvienne, Maxence Boisseau a toujours dessiné, bricolé ou sculpté. Au lycée, il choisit une formation en sciences et technologies de l’industrie jusqu’au bac. Puis, il opte pour une année de césure et s’immerge directement dans le monde du travail, en intérim. En parallèle, il continue à développer des activités créatives qu’il immortalise dans un portfolio.

Il entend alors parler de la première promotion du BTS Design de produits en alternance de L’École de design Nantes Atlantique. Enthousiaste et curieux, il postule et intègre sa toute première promotion en 2002. Trois ans et un diplôme plus tard en poche, il est recruté par une agence parisienne en tant que designer produit.

Les responsables de l’Agence Design Utility, spécialisée en ergonomie de postes opérateurs, le guident dans l’appréhension technique du métier de designer industriel. L’entreprise où il exerce agit dans un domaine où les contraintes d’ergonomie sont fortes. Ainsi, les propositions faites aux clients doivent être pointilleuses, rigoureuses, voire irréprochables. Il apprend beaucoup de cette première expérience de trois ans. Pourtant, un vent différent souffle sur ses envies de créations débridées.

Concilier créativité et développement commercial ?

En 2008, on assiste au plein essor du design international dans les domaines de l’industrie, du mobilier, de la mode ou du luxe. Marc Newson, designer de génie de l’époque, en est la figure de proue. Face à cette effervescence créative plurielle si inspirante, le designer junior perçoit les limites de sa mission quotidienne : “les contraintes techniques ont écrasé l’aspect créatif du design.

Il s’associe avec un autre collaborateur de l’agence, Nelson Alves, aussi féru de décoration que lui. “On s’est associés pour créer at-once en 2008, un studio de création qui nous permettait plus de liberté et l’exploration d’univers nouveaux.” Entre 2008 et 2010, ils participent à plusieurs salons liés au monde de la décoration et du mobilier, dont le salon Maison & Objet. “En étant dans ce microcosme, on a pu confronter nos créations avec le public et les journalistes. Nous avons également développé un autre réseau d’exposants : les éditeurs indépendants de mobilier.

Rapidement, leurs produits auto-édités tels que l’objet déco design écolo Dinoz ou le fauteuil Glorify (prix du Salon Maison & Objet 2010) connaissent un vif succès. Nelson et Maxence doivent alors gérer l’interface commerciale pour la vente et la distribution de leurs produits. Ils font bientôt face à un choix radical : opter pour le nouveau métier de commercial ou garder la casquette de designer.

On était jeune, plein d’envies et de créativité… On a pris du recul, puis on a décidé d’abandonner cette mission de vente auto-éditée.”

Déployer des partenariats avec des éditeurs de mobilier inspirés

Progressivement, des partenariats se nouent avec des créateurs de mobilier et des professionnels issus du monde de la décoration d’intérieur. At-once déploie toute sa folie, ses savoir-faire, sa candeur et son originalité pour certains éditeurs tels que :

Airborne, producteur de fauteuils contemporains iconiques ;
Orchid Edition, spécialisée dans le mobilier en rotin haut de gamme et Kok Maison ;
● Groupe Cider,
Kann Design.

Au fur et à mesure, les propositions des deux associés plaisent et sont commandées par des hôtels et des restaurants à l’échelle nationale et internationale. Leur création Modèle Miss Trèfle XXL (2019) intègre même la Collection du Mobilier national, dont les pièces habillent les Ministères et Ambassades du monde entier.

Cultiver la curiosité des gestes humains

Ce qui m’anime aujourd’hui : le fait d’ explorer des domaines complètement différents. Je peux travailler le rotomoulage de matières souples, puis organiques (canne, rotin, fil cintré) avec la même envie, la même curiosité. Au bout d’un moment, tout cela prend corps et je ne m’enferme pas dans une seule expertise.”

Pour Maxence Boisseau, la capacité à “se mettre dans la peau de” celui qui va acheter, utiliser, vendre ou réparer, est primordiale. “En dehors des outils, cette capacité à se projeter et à envisager le cycle de vie d’un produit est incroyablement stimulante. Ça n’arrive que lorsqu’on se met “à la place de” ou lorsqu’on suit un professionnel pour comprendre ses gestes et sa manière de transformer la matière. D’un sujet à l’autre, que ce soit dans la matière ou dans l’exploration de process, j’ai investi des univers complètement différents.

Acquérir humilité, échanges et perspicacité : le trio gagnant du designer industriel

Depuis 2019, Maxence Boisseau est enseignant à L’École de design Nantes Atlantique. Il a même participé au jury d’étudiants 2021 du BTS Design de Produits : la boucle est bouclée ! Ravi de retourner sur les bancs de l’école, il y retrouve la diversité humaine et sociale si appréciée lors de ses études, la formidable ouverture internationale de l’école et l’exaltante envie de réinventer les objets et le monde.

Il explique que la méthodologie transmise par L’École de design Nantes Atlantique serait comme une boîte à outils avec des curseurs à régler entre les fonctions d’usages (les coutumes) les notions techniques et les valeurs d’estime. Cette méthodologie est là pour exposer ce qu’est le design.“L’idée serait d’avoir assez de recul pour ne pas mettre tous les curseurs au même niveau. Il s’agit d’avoir assez de perspicacité et d’expérience pour savoir sur quels “boutons” appuyer. S’il y a suffisamment d’échanges entre le client et le designer en amont du projet, on "colle" à l’usage et on gagne en productivité.”

L’humilité est aussi une clé dans l’apprentissage du design : “savoir ce qu’on propose aux clients tout en ayant l’humilité d’être en perpétuel apprentissage face à des professionnels qui ont passé des années à se former”, telle est la préconisation qu’il transmet aux étudiants. “Au mieux on challenge les clients, mais on ne leur explique pas comment faire. Dans la justesse de l’échange, les projets se nourrissent mutuellement et gagnent en puissance.”

La différence entre un designer classique et un designer formé à L’École de design Nantes Atlantique ? “Alors qu’un designer arrivera avec une esquisse sur un papier, nos designers auront une proposition de mission détaillée phase par phase avec une retranscription du process en budget. Le client aura les clés pour comprendre le budget et saura pourquoi il signe. De plus, l’utilisation d’outils de modélisation en 3D permet de communiquer précisément sur les produits avec les sous-traitants et les ateliers de production.”

En parallèle de l’enseignement à L’École de design Nantes Atlantique, Maxence Boisseau porte un nouveau projet pour 2021 : retenter l’aventure de l’auto-édition dans le monde de l’aménagement intérieur à travers la nouvelle entité Viaducs.