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Makair : la communauté de L’École de design Nantes Atlantique mobilisée pour le respirateur open source

Makair : la communauté de L’École de design Nantes Atlantique mobilisée pour le respirateur open source

Face à l’urgence sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, le collectif français « Makers for life », né de l’initiative d’entrepreneurs nantais, de makers, de chercheurs, de professionnels de santé et d’ingénieurs, travaille depuis le 17 mars 2020 pour prototyper et produire un respirateur artificiel exclusivement dédié au traitement du Covid-19. Pensé dans le respect strict des règles visant à garantir la sécurité du patient, le MakAir est aujourd’hui une réalité, avec des prototypes fonctionnels en cours de tests avant certification de l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM).

Le respirateur Makair entre en phase d’essais cliniques

Un respirateur open source issu d’un travail collectif unique

Le MakAir pourra être utilisé pour traiter les insuffisances respiratoires liés au Covid-19 au sein des établissements hospitaliers français en soutien des dispositifs existants et dans les pays faisant face à des pénuries de respirateurs.

Le projet a rassemblé dès le départ équipes médicales, praticiens et chercheurs à Nantes et Brest, et reçu de nombreux soutiens actifs, comme l’Université de Nantes ou le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives de Grenoble, des industriels comme SEB, Renault, Parrot, Tronico, etc. et des collectivités territoriales, Nantes Métropole, la Région Pays de la Loire ou encore la Région Auvergne Rhône Alpes. Il a également été sélectionné par l’Agence d’Innovation de Défense (AID) dans le cadre de son Appel à projets de solutions innovantes pour lutter contre le Covid-19.

Le respirateur Makair est le fruit d’un travail collectif exceptionnel. Identité visuelle par Dici Design

Une mobilisation des designers dans le collectif Makers for Life

Makers for Life rassemble plus de 250 contributeurs dans tous les corps de métier utiles à la mise au point du projet. Les designers ne sont pas en reste, avec notamment une mobilisation importante de la communauté de L’École de design Nantes Atlantique, alumni, étudiants et équipe pédagogique. Parmi eux, l’agence Dici Design, fondée par Emmanuel Thouan et Hughes Touzot (alumni 2005), pour l’identité visuelle et le dossier de presse.

Quatre représentants de cette communauté nous font un retour sur cette expérience singulière :

  • Martial Medjber, alumni 2006, fondateur d’Aptatio et intervenant régulier au sein du Human Machine Design Lab,
  • François de Martrin-Donos, alumni 2012 et designer chez Intuitive à San Franscisco,
  • Jean François Dubos, UX designer indépendant et intervenant au sein du cycle Master MDes Human Machine Design,
  • Raphaëlle Gorenbouh, étudiante au sein du Human Machine Design Lab, qui a travaillé avec Juliette Paugam dans le cadre du séminaire design de service.
Illustration du schéma d’acteurs du projet Makair par François de Martrin Donos

Comment êtes vous arrivé(e) dans le collectif Makers for Life ? Qu’est ce qui vous a intéressé dans ce projet ?

Martial Medjber : Mon associé et moi avons un bureau d’innovation : Aptatio. Nous accompagnons nos clients sur des projets de design et d’électronique et avons comme outil central un parc d’imprimante 3D. Dans un premier temps, nous avons reçu, via notre site internet, une demande pour imprimer des pièces de prototypage dans le but de multiplier les tests et optimiser les temps du collectif. Nous avons tout de suite pris ce collectif au sérieux (au départ cinq fondateurs, une quinzaine lorsqu’on l’a rejoint et plus de 300 personnes sur le Slack aujourd’hui). Nous avons mis en relation les fondateurs du collectif et le directeur du développement de Kimya (groupe Armor), acteur majeur de la fabrication additive (fabricant de matière) en France et dans le monde, pour qu’il puisse mettre leur parc machine (plus de 50) à disposition du collectif. Kimya a répondu favorablement à cette demande. Quelques jours après, un autre acteur a amené un parc machine directement au Palace, lieu où était domicilié le projet et où étaient confinés les membres du collectif. Nous avons informé le fondateur de notre savoir-faire et indiqué que nous étions motivés et disponibles.

François de Martrin-Donos : J’ai pris connaissance du projet sur les réseaux sociaux à travers un message du collectif sollicitant l’aide de designers. Comme beaucoup de personnes, je voulais faire quelque chose pour contribuer à la lutte contre la pandémie.

Jean-François Dubos : via un post sur les réseaux sociaux auquel j’ai répondu présent. Contribuer à un projet collectif au service de la santé m’intéressait.

Raphaëlle Gorenbouh : Arnaud Le Roi (responsable pédagogique Human Machine Design Lab) nous avait parlé de ce projet, mais c’était très flou. Il a invité Martial Medjber à venir faire un appel en visio avec nous afin d’échanger un peu plus sur le projet et définir notre rôle. Après une discussion avec Juliette Paugam, nous nous sommes dit que c’était une belle opportunité d’aider à notre façon dans cette lutte contre le Covid-19. Le réseau des Makers For Life a également joué dans la balance. C’est un beau projet que nous pouvons ajouter à notre CV et qui nous permet d’agrandir notre réseau.

Fonctionnement du Makair par F. De Martrin Donos. La team design global s’est attachée à décrire l’usage du respirateur dans toutes ses dimensions.

Quelle a été votre contribution dans le projet ?

M.M : Le développement du projet s’est fait en plusieurs actions réparties par équipes qui travaillaient en parallèle pour gagner du temps. Nous sommes intervenus sur la partie Filter Box du système Makair. Les filtres standard des centres hospitaliers sont compatibles avec la solution Makair mais pouvaient être soumis à pénurie. Le collectif a anticipé cette éventualité et nous a demandé de développer un prototype de Filter Box démontable, satellisable et réutilisable pour continuer à tester et développer le Makair en éventuelle autonomie. Nous avons ensuite passé le relais aux industriels de la plasturgie pour la production de ces filter box. Les conditions exceptionnelles n’ont pas empêché le développement extrêmement rapide de ce projet, toutes les actions et équipes ont été parallélisées et optimisées. Dans ce cadre, j’ai proposé de créer une team design global composée de designers et illustrateurs. L’idée de cette team était d’investiguer tous les acteurs de ce projet et d’illustrer ou de créer des scénarios réels, actuels et prospectifs à destination du collectif et des partenaires pour que chaque membre comprenne le fonctionnement du collectif, le fonctionnement de la machine, son utilisation etc et anticiper les développements en cours et futurs. La qualité et l’efficacité des visuels ont séduit les fondateurs du collectif et vont servir également à la communication grand public du projet.

F. DMD : J’ai rejoint l’équipe de design global dont la mission était d’illustrer les points clés du scénario d’usage pour une vue d’ensemble du projet.

J-F. D : Des propositions d’interface pour le respirateur. Et, dans le cadre du séminaire Design de Services de L’École sur lequel j’interviens, l’accompagnement de deux étudiantes qui ont travaillé sur le processus de conception du respirateur et conçu un service pour en assurer la gestion.

R.G : Avec Juliette, nous sommes là pour aider à la vulgarisation de l’information. Nous avons fait beaucoup de recherches pour comprendre comment fonctionnait les respirateurs actuels, comment fonctionnaient les autres respirateurs Open Source en développement, comment faire une intubation (en suivant des cours donnés aux étudiant de médecine), comment fonctionnait le respirateur MakAir, comment la logistique de commande, livraison et de l’installation se déroulait dans les hôpitaux et dispensaires, comment les ONG s’organisent dans leur logistique également. Nous avons pu ainsi préparer des questions pour faire deux interviews, l’une auprès de trois infirmiers du CHU de Nantes et l’autre auprès d’un des fondateurs et responsable technique du MakAir, Baptiste Jamin. En parallèle à cette aide que nous apportions aux illustrateurs, nous avons réfléchi à un nouveau service, dans le cadre de notre séminaire de design de service. Nous avons constaté, dans nos parcours utilisateurs, de nombreux points de frictions et d’opportunités d’innovation. Nous nous sommes focalisées sur les problèmes de logistiques concernant la distribution et le stockage à l’international. Notre projet est prospectif dans un futur très proche, et a permis de poser des questions et de déclencher des réflexions autour de cette gestion des commandes et des livraisons imminentes, que ce soit en France, en Europe ou à l’international.

Qu’avez vous appris de cette expérience ? Que retiendriez vous à chaud ?

M.M : Je remercie tous les membres du collectif et de la team qui ont produit un travail remarquable. Je ne pense pas me tromper en disant que chaque membre, moi y compris, est très fier d’y avoir contribué.

F. DMD : Le fait que ce projet soit Open Source a permis un échange d’information efficace dès le début et une intégration rapide au collectif. D’autre part, l’urgence du contexte pousse à adopter une attitude de « hacker », c’est-à-dire la capacité à contourner les obstacles avec des outils efficaces et ingénieux. On y retrouve finalement un attrait essentiel du designer.

J-F. D : L’importance d’une bonne communication et compréhension entre équipes pluridisciplinaires. J’ai le sentiment d’avoir modestement contribué à un très beau projet.

R.G : Nous avons appris à travailler efficacement, dans un temps très court. Développer un réseau afin de trouver des contacts et des sources d’informations fiables. Expérimenter et adapter des outils vus en cours sur un terrain concret. Participer à des interviews et des réunions d’équipe. Nous avons pu développer notre statut de facilitatrices dans l’équipe Design Global. Nous étions là pour poser les questions et nous tromper, mais cela a servi à lancer des réflexions. Même si nous avons l’impression de ne pas avoir produit beaucoup de choses, nous avons beaucoup aidé grâce à notre statut de facilitatrices, nos questions et nos outils de design de service. Et aujourd’hui, nous sommes peut-être celles qui en savent le plus sur le projet, puisque nous avons une vision globale du processus de création et de l’utilisation du respirateur.

Customer Journey Map, scénario d’usage du Makair par R. Gorenbouh et J. Paugam