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Lucie Bolzec, designer alimentaire

Lucie Bolzec, designer alimentaire

Entretien avec Lucie Bolzec, diplômée 2011 avec la spécialité Nouvelles pratiques alimentaires et aujourd’hui installée en tant que designer indépendante.

Lucie Bolzec

Quel est votre parcours ?

J’ai effectué tout mon parcours de formation à L’École de design Nantes Atlantique. Je suis passée par la filière BTS et deux années d’apprentissage au cours desquelles j’ai travaillé dans l’industrie du mobilier puis du packaging. J’ai ensuite rejoint le cycle master et suis partie un semestre en Asie du sud-est pour découvrir la culture et la façon de vivre de différents pays, ce qui m’a beaucoup inspiré pour la suite. À mon retour, j’ai orienté mon parcours vers l’univers de l’alimentation, de nos manières de manger et des environnements associés en intégrant l’option "Nouvelles pratiques alimentaires".

J’ai ainsi pu mettre un pied rapidement dans l’univers professionnel du secteur agro-alimentaire. Une fois diplômée, ce fut assez naturel pour moi de développer ma propre activité de designer alimentaire.

Pourquoi s’être spécialisée dans le design de l’alimentation ? Quelle est votre approche ?

Cette vocation est arrivée assez tardivement dans mon parcours, lors d’un projet d’école portant sur le packaging. J’ai découvert alors que l’on pouvait travailler non seulement l’emballage mais aussi le produit alimentaire, qu’on pouvait le dessiner comme un objet, jouer avec des combinaisons de couleurs, de saveurs et de textures, construire des nouvelles gestuelles de consommation...

Mon approche reste pourtant celle d’un designer produit industriel : prendre en compte un cahier des charges, répondre à des besoins d’utilisateurs et interagir avec les autres métiers du processus de lancement d’un nouveau produit (marketing, R&D, qualité, achats, etc..). La grande différence est la dimension humaine, bien plus forte lorsqu’il s’agit de se nourrir. La psychologie du mangeur, ses capacités d’acceptation face à l’innovation, ses craintes fondées ou non, l’imaginaire auquel il peut se référer dans tel ou tel contexte… sont autant de facteurs qui peuvent influencer l’orientation d’un projet de design alimentaire. C’est aussi cette dimension humaine qui rend mon métier passionnant !

On parle encore peu de design alimentaire, quelle est la vision que porte le design en général sur cette spécificité ?

Je ne saurais pas dire s’il existe un consensus du monde du design sur cette spécificité en alimentation. Personnellement, je pense que cette discipline particulière a toute légitimité face aux autres spécialités, notamment lorsqu’il s’agit de réfléchir à des solutions prospectives. Parallèlement à mes projets clients, j’ai en effet pour objectif de travailler sur des réponses aux grands enjeux alimentaires de demain : Comment introduire dans notre alimentation de nouvelles sources de protéines ? Comment limiter ou revaloriser les déchets alimentaires ? Quels usages pouvons-nous tirer de nouvelles technologies ?

À mon sens, ces questions sont tout aussi importantes dans l’évolution de la société que les problématiques de mobilité, d’urbanisme, ou d’habitat par exemple.

Vous travaillez aujourd’hui en tant qu’indépendante. Quels sont pour vous les avantages et les contraintes de cette fonction ?

La plus grosse contrainte inhérente au métier d’indépendant est sans aucun doute de devoir endosser tous les métiers nécessaires à l’activité : administratif, communication, commercial, juridique, financier et bien souvent médiateur… Le problème est de conserver suffisamment de temps pour faire son vrai métier : designer ! C’est beaucoup de casquettes pour une seule personne et il faut quotidiennement jongler avec. Il y a automatiquement des moments de doute ou de découragement mais je ne m’ennuie jamais !

En contrepartie, les avantages sont nombreux : variété de projets et de clients, polyvalence que l’on acquiert au fur et à mesure, richesse des rencontres, indépendance, liberté dans son emploi du temps et dans sa façon de travailler, et bien sûr fierté personnelle pour chaque petite réussite…

"BIOSPHERE", gamme de soupes composées d’algues et de légumes déshydratés, projet de fin d’études de Lucie Bolzec

Quels sont vos axes d’actions dans votre activité ?

Au fur et à mesure des projets, je me suis positionnée sur différents domaines de prestations, sûrement amenés encore à évoluer.

Mon principal axe d’action reste l’innovation alimentaire dédiée aux industriels, portant sur le produit et/ou le packaging. J’interviens alors sur une ou plusieurs étapes du processus d’innovation, en lien avec les différentes équipes de travail de l’entreprise. J’apporte un regard extérieur sur le projet et mets à profit ma créativité pour aboutir à un résultat remplissant les objectifs du client et pertinent en terme de sens et d’usage.

Je travaille également sur la communication visuelle de marques alimentaires ou de concepts de restauration, en créant notamment le logo, l’identité graphique, les divers packagings et la déclinaison des supports de communication.

Depuis un an, je participe régulièrement à des workshops créatifs, composés de différentes expertises métiers dont celui de designer alimentaire. Dans ce cas de figure, l’objectif est d’initier des projets d’innovation au sein des entreprises clientes.

Enfin, de manière bien plus occasionnelle, je suis appelée à concevoir des veilles d’inspirations ou de tendances, à mener des projets de création culinaire ou d’art de la table et à organiser ou animer des évènements.

Quels sont vos clients ? Comment vous faites-vous connaître ?

Tout comme mes domaines d’activité, mes clients sont assez variés. Il peut s’agir d’industrie agro-alimentaire, allant de la PME au grand groupe, mais je peux aussi m’adresser aux porteurs de projets, aux restaurateurs, aux artisans de bouche, aux structures d’accompagnements de projets, aux agences de conseil, aux clusters ou syndicats professionnels ou aux établissements de formation…

Quelle que soit sa typologie, ma clientèle vient essentiellement par le bouche-à-oreille, grâce à un réseau construit petit à petit. Au début, j’ai dû faire pas mal de projets par moi-même pour avoir du contenu à montrer. J’ai rencontré beaucoup d’interlocuteurs et essuyé quelques déceptions mais petit à petit on m’a confié des projets et mes références se sont étoffées.

Le design alimentaire est une discipline récente qui n’a pas encore beaucoup de visibilité et de reconnaissance dans le monde de l’entreprise mais je pense avoir démarré mon activité au bon moment. Je vois le phénomène évoluer nettement et dans le bon sens !

Comment voyez vous votre avenir professionnel ?

Je voudrais poursuivre le même cap que celui que je me suis fixé jusqu’ici et voir mon activité continuer d’évoluer, avec de nouveaux projets, de nouveaux clients et de nouveaux défis à relever. J’aimerais par la suite prendre plus d’ampleur en terme de structure, en trouvant peut-être la bonne personne avec qui m’associer et monter une réelle agence de design spécialisée dans les questions liées à l’alimentation.

J’envisage également de suivre une formation complémentaire portant sur l’histoire, la sociologie ou l’anthropologie de l’alimentation. Avec ce bagage supplémentaire, j’espère avoir une approche plus globale dans mes prestations de conseil et ainsi développer cette branche d’activité. Je crois également que cette double compétence sera intéressante pour pouvoir intervenir dans des structures de recherche, en design ou en alimentation.

Pour le reste, j’ai plein d’idées et d’envies en tête mais je préfère laisser les choses venir, en temps et en heure… Dans tous les cas, le souhait est de continuer d’apprendre, de rencontrer des gens, d’avoir des projets et de rester passionnée.