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D.U. DESSiiN, un binôme du tonnerre

D.U. DESSiiN, un binôme du tonnerre

Les étudiants de la première promotion 2014-2015 du D.U. DESSiiN (DESign de Services Interactifs INnovants Objets communicants & Interfaces tangibles) ont présenté publiquement leurs travaux le 26 février dernier. Interview croisée d’un des binômes de cette promotion : Floriane Aubrit (étudiante à L’École de design) et Quentin Gillardin (étudiant à Télécom Bretagne).

Floriane Aubrit & Quentin Gillardin

Qu’est-ce qui vous a amené à faire la formation du D.U. DESSiiN ?

FA : Ce double diplôme me permettait de concevoir de la façon la plus complète possible mon projet de fin d’études, tant dans la technique et le design que dans la viabilité économique. Il est d’autant plus intéressant que les objets connectés connaissent un succès grandissant et seront bientôt incontournables. La formation D.U. DESSiiN présentait également l’opportunité de prototyper mon projet de fin d’études. D’autre part, la co-construction du projet avec les ingénieurs m’a permis d’enrichir le concept et d’augmenter les chances de le rendre véritablement innovant. J’ai pu mieux appréhender les interactions entre designers et ingénieurs.
QG : Je voulais élargir mes connaissances, enrichir ma façon de travailler et j’étais aussi intéressé par la création d’entreprise. Ce diplôme universitaire me paraissait être un bon moyen de rencontrer des gens passionnés comme moi par l’entreprenariat. J’ai aussi choisi cette formation parce que je développais pas mal d’objets dans les fablabs, et j’ai eu besoin de travailler l’esthétique de ces réalisations. A travers le D.U., je voulais aborder le travail de designer. Par goût aussi, je voulais savoir comment sont conçus ces objets qui influencent nos émotions et comment sont pensés leurs usages.

Comment concrètement se passe la formation du D.U. DESSiiN (durée, organisation par rapport à vos cours respectifs....) ?

FA : La plupart des cours se concentrent en début d’année afin d’éviter une surcharge de travail trop importante après la première phase du projet. Ces cours théoriques abordent la sociologie, l’anthropologie, la technologie, l’évolution des interfaces homme/machines…le cours sur les méthodes de conception et sur le business model fournissent également des outils qui permettent de mieux structurer nos projets. Hormis les cours, on nous propose également des workshops.
QG : Pour ma part, j’ai suivi les cours en visio-conférence depuis Brest. Dans les cas où je ne pouvais pas y assister, la plateforme commune mise en place me permettait de rattraper les cours. J’ai eu la chance d’avoir une super binôme et des camarades de promotion qui m’envoyaient leurs notes ou enregistraient les cours. Il a parfois été difficile de mener deux formations de front (surtout au cours des 3 derniers mois). Les rendus et les examens se cumulent, les nuits se font plus courtes...

Le projet que vous avez développé s’intitule Luka. Comment avez-vous orienté votre projet Luka ?

FA : Je savais que je voulais travailler sur l’open design mais je n’avais pas encore décidé d’un domaine précis. Quentin ayant une très bonne connaissance des FabLabs, nous avons choisi de resserrer nos recherches sur ces ateliers de fabrication. L’apprentissage de la fabrication numérique et le développement du marché des FabLabs sont devenus essentiels suite à nos enquêtes de terrain. Enfin, ma formation en design produit et les connaissances approfondies de Quentin en système embarqué nous ont orientés vers la création d’un objet communiquant.
QG : Je suis plutôt du genre autodidacte et j’ai pas mal fréquenté les FabLabs. J’ai aussi développé et expérimenté sur arduino, avec les imprimantes 3D et autres outils open source. C’est en connaissance de ces outils et structures que nous avons créé quelque chose qui puisse attirer les gens vers leur utilisation. Je voulais aussi que Luka puisse servir de plateforme permettant de développer des applications dans le domaine des objets connectés et du quantified self.

Pouvez-vous expliquer le projet que vous avez développé ?

FA : Luka, c’est un objet communicant de poche. Il permet de commander simplement l’interface avec les machines et de prototyper rapidement des créations, sans nécessiter de connaissances approfondies en électronique. Il trouve toute son utilité dans l’environnement de travail mis en place dans les FabLabs. Il est aussi l’outil d’une pédagogie active puisque chaque usager est invité à le construire lui-même. Grâce à une plateforme web associée, les usagers peuvent être accompagnés dans la construction d’extensions à leur LUKA via des tutoriaux en ligne. Cela permet de fédérer la communauté autour du projet et de fournir une documentation participative.
QG : Il permet à l’utilisateur de se former aux technologies embarquées dans les produits de tous les jours (Bluetooth, nfc, microcontrôleur, écran, etc). Il le sensibilise aussi aux procédés de fabrication en lui proposant d’assembler lui-même son objet. Un service de formation, en partenariat avec les fablabs, vient ici appuyer ces aspects en fournissant des supports pédagogiques et un encadrement technique. Par ce partenariat, les FabLabs trouvent un nouveau vecteur de financement, de croissance, et de démocratisation.

Comment vous êtes-vous réparti le travail ?

FA : Notre point de départ était l’analyse des usages et du contexte dans lequel évoluaient les FabLabs. Nous avons travaillé ensemble sur l’élaboration d’une problématique projet, les enquêtes de terrain, l’identification des problèmes et la réalisation du service. Je me chargeais plus spécifiquement de l’image de ce service, de la création d’un produit incluant nos contraintes d’usage et de technique et de la communication du projet. Quentin, lui, travaillait plus particulièrement sur le fonctionnement du produit, l’identification des contraintes techniques et la logistique.
QG : La différence de culture professionnelle a rendu le management de projet un peu particulier. La répartition des tâches s’est faite de façon à n’avoir aucun conflit d’interprétation dans la réalisation entre deux réunions. Les tâches de conception générales ont été réalisées morceau par morceau par transferts successifs entre ingénieur et designer. Sinon pour les travaux spécifiques, la tâche était assignée à celui qui avait les compétences nécessaires.

Comment avez-vous travaillé ce projet au niveau organisation ?

FA : Avec la distance et nos cours respectifs, nous avons dû mettre en place des réunions hebdomadaires via «Skype» et «Hangouts».
QG : Nous avons également choisi un outil de planification des tâches appelé «Clocking it » afin de nous permettre d’établir une liste de tâches pour chacun, de partager nos fichiers et de suivre le travail de l’autre en temps réel.

Quelles sont les difficultés que vous avez pu rencontrer ?

FA : Les phases 2 et 3 ont été plus difficiles à gérer car la technique et l’usage du produit étaient très étroitement liés et la distance ne favorise pas des échanges rapides et clairs permettant de prendre les décisions appropriées.
QG : Nous nous sommes tardivement rendu compte qu’il existait des différences importantes de langage entre designers et ingénieurs, entrainant à plusieurs reprises quelques malentendus ! Nous avons aussi eu des difficultés à financer le démonstrateur. Nous avons vu la réalisation en grand et avons dû revoir nos ambitions à la baisse. Ces changements sont aussi dûs au manque de temps. Globalement, nous avons su surpasser les difficultés.

Vous avez reçu un prix spécial lors de la remise des diplômes, comptez-vous continuer votre projet par la suite ?

FA : Nous aimerions concrétiser le projet et trouver des investisseurs ou des partenaires pour développer un prototype complet. Le plus gros du travail concerne pour ma part le test du produit et de l’interface auprès des usagers.
QG : Le projet est avancé mais mérite encore d’être travaillé. Nous avons encore beaucoup de solutions à étudier du point de vue technique, usage et commercial. Il y a aussi beaucoup de personnes qui sont déjà intéressées et qui attendent de voir le prototype final. A l’heure actuelle nous affinons notre business plan et cherchons des financements pour produire le prototype.


Qu’est-ce que vous a apporté cette formation D.U. DESSiiN ? Qu’en retenez-vous ? Que diriez-vous à un étudiant qui se pose la question de suivre cette formation ?

FA : Même si la quantité de travail est très lourde compte tenu du temps qui nous est imparti, je ne regrette pas mon choix. Une formation «objets connectés» est extrêmement bien vue auprès des employeurs potentiels. C’est d’autant plus intéressant pour eux que les projets du D.U. DESSiiN vont loin dans leur modèle économique et dans leur réalisation technique.
QG : Cette formation m’a donné des outils supplémentaires pour la conception. Elle m’a apporté une culture très utile pour la création d’entreprise et pour travailler dans des environnements pluridisciplinaires et dans une dynamique d’innovation. La créativité mêlée à la technique peut parfois ressembler à de la science fiction, mais elle produit des choses vraiment intéressantes. La formation nous pousse à sortir de notre zone de confort pour innover.