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Designing Edible Insect Products : un projet de recherche visant à transformer la perception des produits alimentaires à base d’insectes

Designing Edible Insect Products : un projet de recherche visant à transformer la perception des produits alimentaires à base d’insectes

Designing Edible Insect Products (DEIP - Concevoir des produits comestibles à base d’insectes) est un projet de recherche collaboratif entre le Food Design Lab de L’École de design Nantes Atlantique, le laboratoire de recherche en marketing LEMNA de l’Université de Nantes, le laboratoire de recherche en marketing GRANEM de l’Université d’Angers et l’Université technologique de Delft aux Pays-Bas, financé par le programme régional RFI Ouest Industries Créatives.

Entretien avec Dr Dolly Daou, directrice du Food Design Lab à propos de ce projet de recherche prometteur.

Gressins Crick’n’crok à base de farine d’insectes créés par Mathilde Cérès et Emma Melki, l’un des concepts d’innovation alimentaire testés dans le cadre du projet de recherche DEIP

Quel est le but du projet Designing Edible Insect Products ?

Le projet s’inscrit dans la philosophie du Design lab, réfléchir à comment nourrir la planète aujourd’hui et en 2050. Il s’agit ici d’étudier et d’analyser dans quelle mesure les consommateurs français sont disposés à se nourrir d’insectes en France. Pourquoi faudrait-il que nous mangions des insectes ? Les raisons sont nombreuses, l’une d’entre elles étant bien sûr de nature écologique, en lien avec la transition protéique, et aussi la réduction du gaspillage alimentaire. Bien que le fait de manger des insectes ait un impact écologique positif, il est important de rappeler que le but ici n’est pas seulement que les insectes remplacent d’autres sources de protéines comme la viande rouge, mais aussi qu’ils deviennent une autre source de nourriture pour ménager les ressources de la planète. Le projet présente un grand potentiel de développement dans l’industrie et la recherche.

Étant donné que les insectes comestibles font partie du débat mondial et local sur la transition protéique, le but n’était pas de concevoir un produit comestible à base d’insectes, mais de tester le paradoxe de l’expérience sensorielle entre l’emballage estampillé à base d’insectes et le produit alimentaire « appétissant » qui se trouve à l’intérieur de l’emballage. L’ingrédient principal des recettes utilisées était la farine d’insectes. Nous avons donc testé et mesuré l’acceptabilité de ce produit par les consommateurs français et le rôle que l’emballage joue dans leur prise de décision. Le produit semblait appétissant, et l’emballage indiquait la présence d’insectes dans le produit, tout en sensibilisant les consommateurs à la consommation d’insectes pour des raisons écologiques. Il a été intéressant de voir comment les consommateurs prennent la décision de consommer ou non des produits à base d’insectes. Cela a permis d’obtenir des informations importantes sur les nouvelles habitudes alimentaires et sur la manière de préserver les ressources de la planète tout en maintenant le cadre culturel du bien manger et du bien vivre, ce qui était plus que jamais d’actualité pendant la pandémie de COVID 19.

Granola Olé à base de protéines d’insectes par Pauline Bachellerie et Philippine Roy

De quelle manière le Food Design Lab a-t-il contribué au projet ?

La philosophie fondamentale du laboratoire est de déterminer comment nourrir la planète aujourd’hui et en 2050 avec qualité, en explorant 3 axes principaux : la transition protéique, la réduction du gaspillage alimentaire et la sécurité alimentaire. La consommation d’insectes en France entre dans toutes ces catégories. Le Food Design Lab de l’École de design de Nantes Atlantique est centré sur le design, la gestion écologique, ainsi que sur la pédagogie et la recherche entrepreneuriales. Ce projet a permis aux chercheurs des laboratoires de recherche en marketing GRANEM et LEMNA de participer à un atelier mené par des étudiants pour examiner le rôle du design et du marketing dans l’expérimentation de la consommation d’un produit considéré comme peu appétissant par les consommateurs français.

Le Food Design Lab a suivi une approche et une méthodologie de design et de marketing peu orthodoxes dans l’élaboration d’une démarche innovante pour tester et écouter les demandes des consommateurs.

Au cours d’un atelier de design et de marketing intensif d’une semaine, une équipe d’étudiants en design interdisciplinaire a étudié, conçu et testé diverses idées en appliquant des méthodes de design basées sur la pratique, dans le but de vérifier l’acceptabilité de la consommation d’insectes en France. Le projet a été planifié et dirigé par une équipe pluridisciplinaire internationale et locale composée de Dolly Daou et Lucie Bolzac, chercheuses et professionnelles du design, de deux enseignantes-chercheuses en marketing, Céline Gallen et Gaëlle Pantin-Sohier (comportement des consommateurs), d’une contribution internationale de l’Université technologique de Delft aux Pays-Bas en gestion de l’innovation des produits (Faculté d’ingénierie du design) avec Ruth Migge et d’une postdoctorante du Brésil (Denize Oliveira, docteur en sciences alimentaires) avec une orientation axée sur l’utilisateur.

Tirant parti de cette riche expertise, nous avons conçu un système de test d’emballages et un atelier pour associer les études de design et de marketing.

Quel est le lien entre ce projet et les thèmes et l’expertise principale du laboratoire ?

En tant que Food Design Lab, nous traitons toujours ce type de projets. Nous étudions continuellement les nouvelles habitudes alimentaires et comment maintenir l’équilibre entre le bien vivre et le bien manger tout en gardant à l’esprit l’impact écologique. En outre, l’écosystème de l’École de design de Nantes Atlantique est basé sur une collaboration étroite avec l’industrie afin que nos étudiants puissent travailler sur des questions qui sont pertinentes pour l’industrie. Nos équipes sont composées de chercheurs en marketing, anthropologie, design et stratégie de marque.

En conclusion du MDes en Food Design qui se déroule sur 2 ans, nos étudiants doivent réaliser un projet de fin d’études qui s’appuie à la fois sur la théorie et la pratique du design. Chaque projet doit être original et doit être cohérent avec la philosophie du laboratoire. Par exemple, en 2020, les étudiants ont conçu un en-cas à base de lentilles d’eau, un produit de beauté à base de déchets de pommes, ou un emballage en papier à base de laitue... Les étudiants sont familiers avec ce type de projets puisque l’expérimentation alimentaire et la pédagogie et la recherche pluridisciplinaires sont au cœur du Food Design Lab.

Nous nous appuyons sur la méthode de recherche en design basée sur la pratique, que j’applique depuis 20 ans et qui fait partie de ma formation, de mes études et de ma pratique du design. Nous traitons les ingrédients alimentaires comme des matériaux et nous expérimentons donc beaucoup avec des nouveaux produits. Nos étudiants doivent être proches du marché, des experts et comprendre l’impact de l’expérience sensorielle sur les consommateurs afin de créer cet équilibre entre le design, l’activité commerciale et industrielle et l’impact écologique.

Caramel à base d’insectes par Julie Bureau, Quentin Cadero et Anna Rigaud

Sur quels autres projets travaillez-vous au sein du laboratoire ?

Grâce à notre vaste réseau international et local, nous ne manquons pas de projets. Nous travaillons sur des projets industriels qui s’étendent sur des périodes allant de 2 jours à 2 ans. Actuellement, nous travaillons sur un projet (encore confidentiel) visant à minimiser le gaspillage de nourriture en utilisant un écosystème d’économie circulaire dans la région. Le moment est venu d’ouvrir le débat et de discuter des moyens de transformer les idées en réalité. La pandémie de COVID19 nous a offert cette opportunité.