L’École de design Nantes Atlantique

26/04/2010

Pierrick Thébault, diplômé 2008, est doctorant salarié aux Bell Labs France d’Alcatel-Lucent. Sa thèse, hébergée par le laboratoire Présence & Innovation d’Arts et Métiers Paristech Angers, traite du design de l’expérience utilisateur dans la conception d’applications pour le web des objets.

 

Creative Feed
Creative Feed, projet de fin d’études, Pierrick Thébault (2008).

 

1 – Qu’est-ce qui a motivé votre choix de poursuivre vos études en doctorat ?

Après avoir évolué une année en tant que consultant, je me suis rendu compte que le doctorat en entreprise (CIFRE) se posait comme une suite logique à la formation de L’École de design. J’ai grandi avec l’idée que l’innovation devait se faire par le design, dans des équipes multidisciplinaires, alors qu’en France, les projets sont souvent pilotés par le marketing ou l’ingénierie. J’espère que le diplôme de docteur apportera à tous les designers qui s’engagent sur un travail de recherche la crédibilité nécessaire pour accéder à des postes dans les laboratoires industriels. Il est regrettable que la France ne joue pas un rôle plus important dans la communauté internationale, où la recherche en design contribue à faire avancer la profession tout en générant de nouveaux objets d’étude. Cette formation est donc pour moi un véritable pari sur l’avenir, un défi personnel et une opportunité d’évoluer pendant trois ans en entreprise !

2 - Vous savez que les doctorants designers sont rares en France et que ceux-ci doivent se faire accueillir dans des laboratoires de recherche de champs disciplinaires « amis ». Dans ce contexte, en quoi votre approche de designer peut-elle contribuer, de manière singulière, à une production théorique de savoir ?

Le futur est en effet chaque jour réinventé dans les laboratoires sans l’intervention des designers ! La littérature scientifique regorge d’inventions et constitue, si l’on fait l’effort de s’y plonger, un véritable terreau pour les métiers du design. Pourtant, rares sont les chercheurs qui voient leurs idées se concrétiser à grande échelle... Je suis convaincu que notre approche peut contribuer à rapprocher les études utilisateurs (menées en sciences humaines) des travaux plus technologiques (algorithmes, dispositifs, infrastructures). L’étude du design de l’expérience utilisateur apporte un éclairage nouveau, susceptible de nourrir la réflexion des chercheurs. Je ne sais pas si l’apport théorique sera significatif en comparaison avec les autres disciplines, mais je suis convaincu qu’il permettra de favoriser l’adoption des technologies et leur transfert depuis la recherche vers l’industrie.

 

3 - Comment s’articulent production de savoir au sens académique et dimension de création d¹objets, services, scénarios spécifiques au design ?

L’exercice de la thèse et, par extension, la démarche scientifique imposent un cadre de travail bien spécifique venant rythmer les phases de réflexion et de production. L’expérimentation a toujours été au cœur du travail de recherche, et je pense que la création d’objets ou services, dans la mesure où elle répond à un protocole précis, ne peut être que bénéfique pour le doctorant. En matérialisant ses idées, ce dernier les confronte à la réalité et aux attentes des usagers. Cela permet à la fois de valider des hypothèses et de soulever des problématiques inattendues. Je pense qu’il faut simplement apprendre à justifier des choix jusqu’à présent souvent régis par notre sensibilité ou notre intuition, et considérer ces phases de création par rapport à un tableau plus large.

4 - Si la production de connaissances par la recherche suppose une capacité à remettre en cause le réel, à faire surgir de nouvelles questions, comment cela est-il mis en œuvre dans le dispositif CIFRE, où le contrat de collaboration entre une entreprise et un laboratoire inscrit le sujet de thèse dans une perspective de développement économique ?

J’ai la chance de travailler dans un laboratoire de recherche industriel, où l’aspect économique est moins présent que dans les entreprises de R&D. Si les Bell Labs transfèrent chaque année de nombreuses technologies aux divisions d’Alcatel-Lucent, leur mission première reste l’invention. Je jouis donc d’une grande liberté d’action. En matérialisant les applications qui susciteront le désir des usagers, nous pensons qu’il est possible de bouleverser les pratiques et créer de nouvelles opportunités de marché.

 

5 - Quels conseils donneriez-vous aux étudiants en design qui seraient tentés de poursuivre leurs études ?

Je pense qu’il faut démystifier l’exercice de la thèse. Le doctorat est une formation de longue haleine ponctuée par l’exploration, la documentation, la recherche et la rédaction. Si l’on demande souvent aux étudiants pourquoi ils souhaitent s’engager dans une thèse, c’est parce que cette poursuite d’études doit s’inscrire dans un plan de carrière. Le goût de la lecture, de l’écriture et une grande ténacité semblent être des pré-requis indispensables. Le choix du sujet, du laboratoire et de l’entreprise sont également cruciaux. La collaboration entre les différents acteurs doit être harmonieuse afin d’éviter les dissonances de discours qui nuiraient à la qualité de la recherche.