L’École de design Nantes Atlantique

27/04/2009

Adrien Cussonneau est actuellement étudiant en 5e année. Il a réalisé son projet de fin d’études, "Profils de Loire" dans le cadre de l’option majeure "Nouvelles pratiques alimentaires".

Adrien Cussonneau, vous faites partie de la première promotion d’élèves de cinquième année à avoir travaillé au sein d’un groupe réuni autour d’une option majeure. Le vôtre était lié au thème des "nouvelles pratiques alimentaires". Qu’est-ce que cette organisation en groupes thématiques vous a apporté ?

Adrien Cussonneau : Cette année, l’option "nouvelles pratiques alimentaires" était celle qui réunissait le plus petit nombre d’étudiants. Nous avons ainsi pu profiter d’un suivi très personnalisé. Les interventions étaient bien ciblées : nous avons bénéficié d’apports d’Hervé Gastineau [1], qui nous a appris que la place du marketing et de la communication visuelle était essentielle pour séduire le consommateur. Par ailleurs, Jean-Patrick Péché [2] nous a apporté les contacts (industriels, experts, institutionnels, etc.) nécessaires pour nous affirmer en tant que professionnels.

Votre projet de fin d’études, "Profils de Loire" porte sur la re-dynamisation de l’offre des vins de Loire. Or, vous dites ne pas être un réel amateur de vin. Qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur ce sujet ?

Adrien Cussonneau : Le projet de fin d’études a été l’occasion pour moi de travailler pendant six mois dans un univers qui m’était presque inconnu. Angevin de naissance, les vignobles m’entourent depuis tout petit mais je n’avais pas la connaissance approfondie du monde du vin qui aurait pu sembler nécessaire à la conduite de ce projet. Cependant tout projet de design nécessite de faire des recherches, de se nourrir de savoir. C’est une situation à laquelle on est confronté en agence.

Le milieu viticole est réputé pour son attachement à la tradition. Comment êtes-vous parvenu, en tant que designer, à proposer des innovations ?

Adrien Cussonneau :
Ce sont plutôt les viticultures française et européenne qui restent très traditionnelles. La culture du vin en France existe depuis l’Antiquité et elle a fait émerger toutes sortes de pratiques sociales et culturelles liées à ce produit. Je me devais donc de choisir une approche réellement subtile qui respecte l’image du vin. Ma démarche a donc consisté à concevoir ce travail autour de la bouteille de vin comme un projet de flaconnage de parfumerie. Depuis quelques années, le design s’est totalement investi dans le monde du vin. On a d’abord pu observer des innovations graphiques : l’introduction de nouvelles couleurs, des logos retravaillés, un nouveau vocabulaire et une tendance à la minimalisation. Puis les designers se sont penchés sur l’innovation produit. De là sont nés les concepts de vin en cartonette, en canette ou en éprouvette. En France, ces produits ont du mal à émerger car ils sont peut-être trop révolutionnaires aux yeux des consommateurs. C’est pour cela que le design se doit d’être subtil, afin que l’innovation ne ternisse pas l’image qualitative du produit. Mon intention était donc de concevoir un produit innovant mais qui ne soit pas trop en décalage par rapport à l’image traditionnelle du produit.

Pouvez-vous nous parler de votre recherche formelle ?

Adrien Cussonneau : La recherche formelle a commencé lors de la deuxième phase du projet par l’émergence de trois concepts. Il était important que ce soit le design qui supporte ma stratégie marketing et non l’inverse. J’ai donc étudié la bouteille de vin du point de vue du designer, c’est-à-dire en me demandant comment créer une bouteille de vin qui ne soit pas une bouteille de vin ! Il se trouve que le premier dessin que j’ai fait correspond au projet finalement retenu. J’ai commencé par dessiner des profils de bouteilles. Alors que les vins de Bordeaux, d’Alsace ou de Bourgogne ont une silhouette définie et unique, j’ai découvert la variété des profils des vins de Loire. L’enjeu était d’inscrire les vins de Loire dans un contexte d’initiation et de découverte, dans lequel chaque vin sert de trait d’union à la découverte d’un autre vin, le tout dans un esprit de collection.
J’ai alors cherché le fil rouge reliant tous ces profils et je l’ai finalement trouvé dans le principe de l’extrusion des silhouettes. J’ai donc décidé de proposer une contenance plus petite (35 cl) mais aussi une plus grande variété de gamme. Le produit devenait à la fois audacieux et surprenant. Il offrait une nouvelle lecture de l’objet (de profil) et conduisait à de nouvelles manipulations.
J’ai ensuite adouci la forme pour rendre le produit plus attrayant. Il devait néanmoins préserver certains aspects de séduction de la bouteille et de la dégustation qui servent de repères de qualité : l’étiquette, la transparence du contenant, la possibilité de boire dans un verre et enfin, la possibilité de partager.

Vous avez présenté votre projet fin février. Y aura-t-il des suites ?

Adrien Cussonneau : Je suis toujours en contact avec le Syndicat des Vins de Loire. Aujourd’hui, l’objectif est de trouver d’une part, un entrepreneur qui soit en mesure de commercialiser le concept "Profils de Loire" pour le lancement d’un produit viticole au cours des prochaines années, et d’autre part, un industriel qui puisse assurer la réalisation du packaging.

Retrouvez le projet "Profils de Loire" au salon That’s Design de Milan du 22 au 27 avril 2009.